Depuis un mois, je travaille au « drive » d’un hypermarché de la région parisienne. J’ai signé un CDD de deux mois. Nous sommes plus de cinquante salariés. Cela paraît beaucoup, mais en réalité le service est constamment en manque d’effectifs.

Je peux travailler de 6h à 13h30, de 10h30 à 18h ou de 12h30 à 20h. Les horaires changent tout le temps, ce qui rend la semaine très fatigante.

Conditions de travail

En début de service, je suis affectée à ma mission du jour. Pour l’instant, je suis formée à quatre d’entre elles, mais il en existe davantage. Par exemple, je peux aller en magasin afin de constituer les commandes des clients. Un terminal que l’on porte normalement au poignet nous guide dans cette tâche. Je dis « normalement », parce qu’il n’y a pas assez de terminaux pour que tous les salariés en aient un – et encore moins de bracelets qui permettent d’attacher les terminaux (alors même qu’on est en sous-effectif). Du coup, on doit tout tenir à la main : sacs, produits et terminal. Bien sûr, ça ralentit le rythme : malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas encore de troisième main me permettant d’augmenter ma productivité.

Ensuite, je peux être affectée à un service spécial « bouteilles d’eau ». Pendant sept heures d’affilée, je dois soulever des packs d’eau positionnés au sol, afin de les poser sur des chariots. C’est mauvais pour mon dos.

La troisième tâche se réalise dans les frigos. Après plus d’un mois de travail, je n’ai toujours pas de tenue pour le froid. Je n’ai pas de polaire, pas de gants et pas de manteau : il y a seulement un manteau collectif en XXL homme (ce qui n’est pas très « anti-Covid » !). Les salariés qui ont des gants ont dû se les acheter eux-mêmes. Mon chef me l’a dit : « en magasin, il y en a de très bien ». Et je vais être obligée d’en acheter, moi aussi, parce qu’au bout de sept heures et demie dans le frigo, mon cerveau se demande où sont passées mes mains.

Enfin, je peux aussi être affectée au « robot ». On reste debout, devant des marchandises qui passent sur un tapis roulant, à écouter le robot qui nous dit de les mettre à gauche ou à droite. C’est la tâche la plus aliénante. En plus, il y a beaucoup de bugs du robot, ce qui ralentit tout le service. Et bien sûr, on se fait réprimander à la place du robot.

Pressions de la direction

En rayon, nos « courses » sont chronométrées : on doit en réaliser un certain nombre par heure. Même les plus rapides de l’équipe n’y arrivent pas. Quand il n’y a pas les produits demandés dans le rayon, on doit les remplacer par un produit similaire, ou les noter « manquants » sur le terminal. A la fin de la course, la direction voit le temps réalisé par le salarié ainsi que le nombre de produits manquants. Et devinez quoi : s’il y a trop de produits manquants, on se fait engueuler, comme si nous étions responsables des ruptures de stock. La direction nous reproche les conséquences de son manque de prévoyance dans les commandes.

C’est la même chose avec les promotions. C’est une source d’« erreurs » permanente, car les produits changent rapidement de statut (« soldé » ou pas), sans que ces changements soient enregistrés dans le catalogue et sur notre terminal. Il est donc impossible de répondre aux exigences de la direction en matière de gestion des produits soldés – et ça nous retombe dessus, alors que c’est la direction qui n’arrive pas à planifier ses commandes et sa publicité. En plus, le terminal ne géolocalise pas les produits en promotion, dans les rayons, car ils sont rarement au même endroit. Dans un magasin de plus de 20 000 m2, il n’est pas simple de les trouver. Il arrive souvent que l’on finisse très en retard parce qu’on ne trouve pas les produits, sachant qu’il est hors de question de revenir avec des produits manquants alors qu’ils sont en rayon. Je me retrouve donc très souvent à faire des heures sup malgré moi.

Durant mes 7 heures et demie de service, j’ai une demi-heure de pause obligatoire, qui n’est pas payée. J’ai 48 heures de repos dans la semaine, et toutes les trois semaines ces 48 heures de repos doivent être consécutives. Si je n’avais pas lu la convention collective, je ne l’aurais pas su, car la direction ne nous le dit pas. Si on n’insiste pas auprès d’elle, cette règle n’est jamais respectée.

Le turn-over, au drive, est énorme. Je comprends ceux qui démissionnent ou ne renouvellent pas leur contrat, pour chercher un autre travail. Il est d’ailleurs possible que j’en fasse partie, dans un futur plutôt proche.

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