Dans un article précédent, nous avions publié un article dénonçant les activités illégales et polluantes de l’entreprise Béton Lyonnais. Comme son nom l’indique, cette petite entreprise fabrique et livre du béton depuis son installation de Décines, dans l’Est lyonnais. Au mépris des réglementations sur l’environnement, et malgré de nombreux signalements, elle s’est livrée à un forage clandestin de l’eau potable municipale et à des rejets polluants dans une des zones utilisées pour approvisionner l’agglomération de Lyon en eau potable. Après avoir été mise en cause par de nombreux riverains, l’entreprise a contre-attaqué en les poursuivant pour diffamation.

Mort d’un ouvrier

Comme nous le signalions à l’époque, Béton Lyonnais bénéficie de la passivité et de l’inaction des services de l’Etat, qui sont peu pressés de mettre un terme aux activités illégales de l’entreprise. Or cette passivité a récemment causé la mort d’un homme : un employé de l’entreprise, âgé de 52 ans, est décédé sur son lieu de travail le 18 mars dernier.

Une enquête judiciaire a été ouverte. D’après nos informations, les conditions de travail au sein de l’entreprise sont clairement l’un des facteurs ayant provoqué la mort de ce salarié. Il aurait passé plusieurs semaines à construire – sans équipements adéquats – un entonnoir à gravier non déclaré, plaque de tôle par plaque de tôle. Ce serait lors de la dernière phase de cette construction, alors qu’il ne portait aucun équipement de protection et n’était accompagné que du seul patron de l’entreprise, qu’il est tombé au fond de cet entonnoir et s’est retrouvé enseveli sous plusieurs tonnes de gravier. Lorsque les pompiers sont arrivés sur place, il était trop tard.

Passivité criminelle

A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’entreprise poursuit son activité, alors même qu’elle a déjà été l’objet de nombreuses mises en demeure de cesser ses activités polluantes – et qu’un de ses salariés vient de mourir. L’entonnoir à béton, toujours non déclaré officiellement, serait même à nouveau en fonctionnement, quelques semaines à peine après l’accident mortel.

La passivité de l’Etat, que nous dénoncions il y a quelques mois, n’a pas de limites. Ni le vol d’un bien public (l’eau potable de la ville), ni la pollution des nappes phréatiques et des quartiers résidentiels, ni la mort d’un salarié dans des conditions horribles n’ont fait bouger les services préfectoraux ou municipaux, au-delà d’une nouvelle « mise en demeure ». Celle-ci vient s’ajouter à de nombreuses autres. Le patron de Béton Lyonnais fait la collection des « mises en demeure », mais se garde bien d’en tirer la moindre conclusion pratique.

S’il est clair que la Préfecture se contente d’envoyer des courriers et que la mairie LR de Décines ne fait rien, la nouvelle équipe « écologiste » qui gère la Métropole de Lyon n’a pas l’air plus pressée de mettre fin à ce scandale écologique et humain. Et pour cause : même si le patron de cette minuscule entreprise ne joue clairement pas dans la même division que ceux de Novacyl, Solvay ou Total, une atteinte au « droit sacré » de polluer – au nom du profit – serait très mal vue par les tout-puissants patrons de la « Vallée de la chimie », qui s’étend dans le sud de l’agglomération lyonnaise. Cela porterait un coup dur aux efforts d’EELV pour courtiser la bourgeoisie et se présenter comme des « défenseurs de l’entreprise et du libre marché ». Le nouveau président de la métropole de Lyon, « l’écologiste » Bruno Bernard, marche ici dans les pas de son prédécesseur, le macroniste David Kimefeld.

Cette affaire est une nouvelle illustration de l’inégalité de la lutte entre militants écologistes et patrons pollueurs. Ceux-ci bénéficient de la complicité passive des services de l’Etat et de la justice bourgeoise. Pour accroître leurs profits, ils sont prêts à sacrifier l’environnement et les vies de leurs salariés. Comme nous l’écrivions en novembre dernier : « On peut multiplier les mesures environnementales contre la pollution, elles resteront lettre morte tant qu’il n’y aura pas assez de personnes chargées de les faire appliquer et tant que le marché capitaliste continuera de favoriser les pollueurs. En clair, on ne peut pas lutter contre la pollution sans lutter aussi contre le capitalisme. »  

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