Avec l’apparition et la propagation du COVID-19, on a pu observer une guerre entre les pays pour la réquisition des masques. Le 18 mars dernier, 680 000 masques ont été interceptés par la République tchèque, quand un avion chinois les distribuant est arrivé à Prague. Or ces masques étaient destinés à l’Italie, où l’affaire a fait scandale, puisqu’ils ont quand même été interceptés et redistribués dans les hôpitaux tchèques. Cette affaire n’est pas isolée. En France, le 5 avril, des masques qui étaient censés arriver en Bourgogne-Franche-Comté ont été réquisitionnés par l’Etat pour être distribués dans le Grand Est. On peut aussi évoquer la réquisition le 1er avril par les Etats-Unis d’un million de masques commandés par la France. D’après Jean Rottner, président de la région Grand Est : « sur le tarmac, les Américains sortent le cash et payent trois ou quatre fois les commandes que nous avons faites, donc il faut vraiment se battre ».

La corruption de certaines autorités isolées joue bien un rôle, mais il n’est pas déterminant : c’est le capitalisme lui-même qui est responsable du problème. La plupart des pays capitalistes n’ont pas fait de réserves de masques et n’ont aucun plan pour en acquérir et en distribuer rapidement. Ils inondent donc le marché mondial de commandes, ce qui provoque une forte concurrence entre les pays. Certaines autorités n’ont aucun scrupule à utiliser des méthodes illégales pour obtenir leurs masques ou à utiliser une méthode classique du capitalisme : surenchérir.

L’absence de plan peut entrainer des détournements de commandes à la dernière minute, et augmenter significativement le chaos et la discorde. Enfin, la mise en place d’un plan aurait permis, à travers les livres de compte des fabricants de masques et par le biais d’une enquête auprès de toutes les mairies de France, de retracer et retrouver dès le début les stocks de masques découverts par hasard dans certaines communes.

Les priorités de La Poste en période de crise sanitaire

Pendant que le gouvernement appelle à la solidarité de tous les Français, les grands patrons mettent en danger les travailleurs et la population d’autres pays, avec la complicité de l’Etat.

C’est au tour de La Poste d’être au cœur du scandale. La fédération Sud PTT accuse La Poste d’avoir dissimulé 24 millions de masques. Pire encore, la DRH du groupe a reconnu les faits devant les organisations syndicales, et déclaré sans honte, face à la pénurie de matériel et de masques : « nous n’avons pas intérêt à ce que cela se sache, car nous risquons de nous faire réquisitionner ».

En cette période de confinement, La Poste a reçu de l’Etat le label d’opérateur vital, obligeant les salariés à continuer leur activité professionnelle. Ce stock dissimulé n’a même pas pour objectif d’équiper l’ensemble des salariés du groupe. En effet, non seulement les travailleurs estiment qu’ils ne sont pas suffisamment protégés, mais la direction a demandé à plusieurs salariés de retirer les masques qu’ils s’étaient fabriqués, car ce serait trop anxiogène. Dans plusieurs centres de tri de La Poste, comme à Grenoble, les syndicats ont déposé plainte pour « danger grave et imminent ». Il aura fallu l’intervention de l’Inspection du travail et des différents syndicats pour que les centres soient fermés afin d’être désinfectés.

Mais qu’est donc devenu ce stock de masques ? La Poste l’a en partie utilisé afin d’effectuer du troc avec l’enseigne Intermarché : les deux groupes ont décidé de se prêter du gel désinfectant contre des masques. Mais que va faire La Poste de ce gel ?

Une réquisition par l’Etat des masques détenus par La Poste dans l’objectif de les redistribuer paraît inacceptable pour la direction du groupe. Mais à l’inverse, un échange dont nous ignorons les quantités exactes avec un autre groupe comme Intermarché serait normal.

La direction de La Poste aime rappeler qu’elle a généreusement fait don d’un million de masques à l’AP-HP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris), de 500 000 masques à la RATP, 300 000 à la police nationale, et 510 000 à Intermarché pour la protection des salariés.

C’est largement insuffisant quand on sait que le stock d’origine est de 24 millions de masques, et que la direction fait peu de choses pour protéger ses propres salariés, qui sont de plus en plus nombreux à exercer leur droit de retrait face au manque de protections, sous le silence assourdissant de la direction du groupe.

La direction de La Poste a prouvé qu’elle n’est pas digne de confiance et favorise les profits des actionnaires au détriment de la sécurité de ses employés. Pendant que les capitalistes se disputent pour savoir qui aura le plus de masques, des gens meurent parce que les commandes de masques prennent du retard, voire n’arrivent jamais. C’est toute la barbarie du système capitaliste qui ne jure que par le marché et la concurrence. Pour répartir efficacement les masques, il faudrait en réalité planifier et mettre sous le contrôle de la population leur production et leur distribution à une échelle internationale.

Amis lecteurs ! Pensez à nous soutenir – soit en vous abonnant à notre journal, soit en faisant un don.