En France, 70 % de l’énergie électrique est produite par un parc nucléaire de 58 réacteurs répartis dans 19 sites de productions. Dans le monde, seuls les Etats-Unis comptent plus de réacteurs (104).

Alors que la façon dont nous exploitons cette énergie soumet déjà la sécurité des travailleurs et des populations à des risques connus et dramatiquement prouvés, la situation sanitaire des installations nucléaires françaises est pourtant remise en question en pleine pandémie.

Dès les premiers jours, le réseau « Sortir du nucléaire » indique plusieurs cas de contamination au Covid-19 déclarés au sein du personnel EDF dans au moins quatre centrales dont Flamanville ou encore Fessenheim. Les travailleurs des sociétés sous-traitantes sont également concernés.

EDF dispose bien d’un plan pandémie depuis l’an 2000 qui doit prendre en compte la crise sanitaire actuelle. Et ce plan pandémie a bien été activé dans plusieurs installations. Ce plan doit notamment permettre le bon fonctionnement et la sécurité des réacteurs nucléaires en effectif réduit, et ce pendant une durée maximum de 12 semaines.

Mais ce plan pandémie est confronté à une réalité : dans le maintien en fonction et en sécurité des réacteurs, tous les travailleurs qualifiés ne sont pas remplaçables et un personnel amoindri est un facteur de dysfonctionnements. Rajoutons qu’en temps normal, le personnel EDF éprouve déjà des difficultés importantes.

Par exemple, le 17 décembre 2019, l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) avisait par courrier le directeur de la centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne) d’un « manque de rigueur quasi systématique » et une « défaillance dans la maîtrise des fondamentaux » chez certaines équipes de conduite. Le tout dans « un contexte de fragilité lié au renouvellement important des effectifs ».

Mais le personnel à statut EDF n’est pas le seul exposé : la majorité des opérations de maintenances sont faites par des sous-traitants. Or les travailleurs prestataires ne bénéficient pas des mêmes conditions que le personnel EDF. Leurs expositions aux doses radioactives sont supérieures et s’ajoutent maintenant au danger de la pandémie.

Associations et syndicats donnent l’alerte

Dans un courrier du 22 mars 2020, l’association « Ma Zone Contrôlée » a interpellé l’ASN sur des manquements sanitaires importants rapportés par des prestataires du secteur nucléaire dans nombre d’installations : « Les masques et le gel hydroalcoolique ne sont pas à disposition des travailleurs malgré la proximité des salariés dans leurs opérations, de plus les dispositifs de sécurité et de radioprotection sont affectés. »

En effet, dans ces installations soumises aux dangers radiologiques, des centaines de travailleurs doivent chaque jour passer par des appareils de contrôle tels des portiques et des contrôleurs où l’on pose les mains, des dosimètres, des portes de sécurité… Or ces dispositifs ne sont pas désinfectés après chaque passage. En clair, les systèmes censés protéger les travailleurs deviennent des vecteurs du virus.

L’association prévient : les conditions de travail anxiogènes « ne sont pas de nature à garantir en l’état un niveau de sécurité et de sûreté optimal ».

L’Autorité de Sureté Nucléaire a fait suite à ce courrier en alertant EDF sur la situation des travailleurs sous-traitants. Mais l’ASN a indiqué que les inspecteurs du travail ne se déplaceront qu’en cas d’urgence ou de gravité sur le terrain en raison du confinement.

En conséquence, les syndicats réagissent : le syndicat SUD-Énergie, dans un communiqué, exige « la mise en place immédiate de moyens de prévention et de désinfection pour l’ensemble des personnels du parc nucléaire EDF ». Le syndicat exige également la titularisation de tout prestataire d’entreprises en commençant par celles et ceux qui ont été requis durant la crise du Covid-19.

Sortir le nucléaire des mains des capitalistes

Cette situation présente une réelle négligence des facteurs humains et organisationnels de la part des dirigeants. Or nous sommes tous concernés par la sécurité nucléaire.

Il n’est pas nouveau que l’industrie nucléaire, comme toute industrie est aujourd’hui soumise à des exigences de rentabilité. Il n’est pas nouveau que ces exigences passent souvent avant la sécurité des travailleurs et des installations.

Mais il est paradoxal, pour une énergie qui demande un état extrême de sécurité et de développement à long terme, de la soumettre à une économie de rentabilité à court terme.

Ce paradoxe est aujourd’hui exacerbé dans cette crise sanitaire majeure. Il s’ajoute aux contradictions d’une économie capitaliste qui n’est définitivement pas conçue pour l’imprévu et surtout pas pour l’exploitation de l’énergie nucléaire.

On ne peut pas laisser une industrie aussi dangereuse entre les mains de la classe capitaliste. Une première mesure d’urgence s’impose donc : la renationalisation complète d’EDF et d’Orano (ex-Areva), sous le contrôle des salariés et de leurs organisations syndicales, et leur fusion dans une seule entité publique. Il faut également nationaliser toutes les entreprises sous-traitantes et intégrer leurs effectifs dans le groupe public, à égalité avec tous les autres salariés. Au-delà, c’est l’ensemble du secteur énergétique qu’il faut nationaliser.

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