Pendant un an, j’ai travaillé sous « Contrat étudiant » dans un commerce de quartier (Carrefour Express). Les deux premiers mois, c’était un contrat de 18 heures par semaine, puis de 20 heures, puis enfin de 22 heures, sans compter les heures supplémentaires (très fréquentes).

Culpabilisation

Au début, je commençais mon travail à l’heure convenue sur mon emploi du temps. Mais très vite, l’adjoint au directeur m’a signalé que je devais arriver en avance. Ainsi, le temps de préparation – se mettre en tenue, puis communiquer avec l’équipe avant la relève – n’était pas compté dans mon temps de travail, donc pas payé. A la première remarque, je suis donc arrivée cinq minutes avant ma prise de poste, mais on m’a expliqué que ce n’était pas respectueux pour l’équipe, et qu’il fallait que j’arrive avec dix minutes d’avance – et en tenue de travail. En compensation, nous avions des « avantages » sous forme de réductions ou d’articles… périmés.

Je travaillais six jours par semaine avec un jour de repos tous les sept jours : officiellement le mardi, mais cela changeait sans cesse selon les besoins du magasin. Je travaillais tous les samedi et dimanche matin.

En fait, le seul créneau qui ne changeait jamais était celui du dimanche matin, officiellement de 9 h à 13 h – mais en réalité de 8 h 50 à 13 h 20, car nous devions faire le ménage du magasin (gratuitement) après la fermeture. La direction jouait sur notre sentiment de culpabilité vis-à-vis des collègues : si l’on ne faisait pas le ménage, les collègues du lundi matin en pâtissaient.

Au début, nous n’étions que deux salariés par journée. Pour arriver à tenir la cadence, l’un des salariés devait jongler pendant les rushs en tenant deux caisses à la fois (ce qui est interdit) pour permettre au collègue de finir la mise en rayon. On devait sans cesse anticiper les mouvements des clients pour faire la mise en rayon avant d’aller à la caisse. Nous étions sans cesse sur le qui-vive…

Il était difficile de partager nos difficultés, car nous avions tous des contrats différents (contrat étudiant, contrat d’apprentissage, contrat d’alternance, CDD, CDI) et donc des droits différents.

Le mot d’ordre à notre arrivée, le matin, était de « plier un maximum de cartons ! ». Le reste de la journée, il fallait travailler toujours plus vite : retirer les produits périmés, gérer la réception et la remise des relais-colis, etc.

Cinq heures sans pause

A la suite de ce contrat, j’ai fait un remplacement dans une autre enseigne (SPAR), où le travail était similaire, mais avec des conditions encore plus déplorables. Travaillant à temps partiel, je n’avais pas de pause, car elles n’étaient accordées qu’à ceux qui effectuaient des services supérieurs à cinq heures en continu. Pour les autres, le temps de pause était reporté après la fermeture, avant le ménage et le comptage de la caisse (toujours non rémunérés).

Le directeur faisait nos « entretiens » pendant notre temps de travail, sur notre poste, en nous demandant de signer sur le champ les modifications d’horaires. C’est ainsi que j’ai été amenée à accepter de travailler neuf jours consécutifs. L’un de mes collègues a accepté de travailler 18 jours consécutifs. Il fallait apprendre à refuser, à exiger un temps de réflexion.

Le directeur ne nous facilitait pas la tâche… Il nous disait qu’il ne nous obligeait à rien, que nous choisissions librement d’accepter les changements d’horaires. Quand il nous téléphonait le jour même pour nous demander de venir une ou deux heures plus tôt, on pouvait refuser, mais il nous rappelait que ce serait des heures payées, « donc avantageux pour vous ». Il nous fallait tenir avec précision nos agendas et penser à noter ces changements de dernière minute pour les signaler régulièrement au bureau et les faire inscrire en heures supplémentaires.

60 heures par semaine

Le directeur m’a proposé plusieurs fois le CDI de 35 h, me promettant d’en finir avec les heures supplémentaires. Mais en réalité, tout le monde faisait des heures supplémentaires. Certains collègues acceptaient tout, dans l’espoir de monter dans la hiérarchie. L’un d’eux travaillait parfois 60 heures par semaine ! « On n’a rien sans rien », me disait-il.

A la fin de cette période, sur l’attestation destinée à Pôle Emploi, mon patron a coché la case « rupture de contrat à l’initiative du salarié », au lieu de « rupture d’un commun accord », comme convenu initialement. J’étais donc privée de la prime de précarité, et cela compromettait le versement de mon allocation chômage. J’ai alors envoyé une lettre recommandée en signifiant que « je prendrai les dispositions pour faire valoir mes droits ». Suite à ce courrier, j’ai pu obtenir le bon formulaire, où « l’erreur » avait été corrigée, et la prime de précarité de 700 euros.

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