Depuis quelques années déjà, la colère gronde parmi les salariés de la CAF. Et pour cause : les conditions de travail sont de plus en plus difficiles. La nouvelle convention collective, signée entre le gouvernement et la Caisse Nationale des Allocations Familiales (CNAF), prévoit une réduction du nombre d’agents. Pourtant, ceux-ci sont déjà débordés par le nombre de dossiers en attente.

La conjoncture économique impacte directement le travail des agents de la protection sociale. Plus de précarité entraîne plus de demandes. Or il y a moins de personnel pour y répondre ! Conséquence : à la CAF des Bouches-du-Rhône, par exemple, il faut plus de huit semaines pour traiter un dossier. En clair, une personne en situation précaire doit attendre plus de deux mois pour recevoir une prestation qui lui permettra de mieux subvenir à ses besoins. C’est scandaleux.

La prime d’activité

En décembre 2018, sous la pression du mouvement des gilets jaunes, le gouvernement annonçait – pour janvier 2019 – une augmentation de 100 euros de la « prime d’activité » (pour les foyers bénéficiaires), ainsi qu’une augmentation du nombre de personnes ayant droit à cette prime.

Mais ce n’était pas aussi simple, comme nous l’explique un agent de la CAF :

« Cette annonce a été reçue par nos allocataires comme une bonne nouvelle. Mais nous, salariés, l’avons prise avec des pincettes. Et nous avions raison, car en réalité cette augmentation de la prime d’activité n’était pas de 100 euros pour tout le monde. Dans le calcul des droits, la CAF prend toujours en compte la situation familiale et les revenus du foyer. L’augmentation pouvait aller jusqu’à 100 euros par foyer­ et non par allocataire. Certains ont eu 10 euros, d’autres 25, d’autres 100 – et d’autres rien du tout.

« L’annonce du gouvernement a généré tellement de demandes que nous ne savions plus comment les gérer. Aujourd’hui encore nous subissons de plein fouet l’augmentation du nombre de demandes. A l’accueil des agences de la CAF, il y a de plus en plus de salariés précaires, en CDD, sans formation préalable. Ils sont là pour gérer l’afflux d’allocataires – et notamment ceux qui viennent pour savoir où en est leur dossier, dont le traitement se fait attendre…

« A la “liquidation” (service de traitement des dossiers), nos collègues absorbent le flux de dossiers. Ils traitaient en priorité les demandes de prime d’activité jusqu’au mois de mars, pour répondre à la promesse faite par le gouvernement. Mais c’est forcément au détriment des autres prestations, toujours en attente. D’un côté, on nous demande de faire des économies ; les départs en retraite sont peu remplacés. Mais d’un autre côté, la charge de travail augmente, et on nous demande de travailler toujours plus rapidement.

« Colmatage »

 « Nous avons de plus en plus de mal à assurer un service public de qualité. Nous n’arrivons plus à répondre aux demandes des usagers. L’accueil des allocataires se déshumanise : nous slalomons entre les différentes problématiques du public, sans pour autant répondre à leurs besoins. C’est du colmatage.

 « Je travaille depuis plus de dix ans à la CAF, comme gestionnaire conseil. Je traite les demandes diverses – et les dossiers sont de plus en plus complexes. Avec l’éclatement des cellules familiales et la précarité croissante, nous avons de plus en plus de dossiers dégradés dont le traitement nécessite une expertise et du temps. Or la direction nous demande de traiter au moins 25 dossiers par jour.

« L’outil informatique ne prend pas en compte toutes les spécificités. Par ailleurs, des procédures à rallonge, pour “liquider” les dossiers, et la législation qui évolue tous les quatre matins, ne nous aident pas ! Nous nous sentons démunis face à la charge de travail et sa complexité croissantes.

« En revanche, si on nous demande plus d’expertise – notre salaire, lui, ne suit pas. Cela fait des années que je n’ai pas eu d’augmentation de salaire. Je tourne aujourd’hui autour de 1400 euros net par mois, après dix ans de travail. J’en viens à demander moi-même des prestations, pour boucler mes fins de mois… Bon nombre de mes collègues sont en situation de précarité. Ils sont à découvert tous les mois.

« Nous avions quelques avantages sociaux, au niveau local, et notamment quelques congés supplémentaires. C’est ce qu’on appelle les “usages locaux”. Mais ils sont souvent dénoncés par la direction, pour faire des économies sur le dos des salariés. Pourtant, c’est souvent ce qui nous permettait de nous accrocher. »

Dans ce contexte général, une mobilisation des salariés de la CAF des Bouches-du-Rhône a démarré au début de l’été. Rapidement suspendue, elle reprendra sans doute à la rentrée. Les agents mobilisés réclamaient plus de moyens pour répondre à la demande, et notamment l’embauche et la formation de nouveaux agents, l’arrêt des contrats précaires, leur embauche en CDI, une augmentation des salaires et le maintien des usages locaux.

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