L’Education Nationale (EN) n’échappe pas à la politique de la classe dirigeante visant à faire payer la crise du capitalisme aux travailleurs – ou à leurs enfants. Le commis de la bourgeoisie à ce ministère, Jean-Michel Blanquer, décline une politique de contre-réformes et d’austérité tous azimuts.

Pour « rationaliser » le fonctionnement de l’EN, il veut élargir le recours à des enseignants non titulaires, c’est-à-dire à des précaires, qui n’ont pas le statut de fonctionnaire. A terme, l’objectif est d’en finir avec ce statut, dont l’existence et l’emploi à vie qu’il garantit sont des aberrations pour le capitalisme en crise. Or l’EN en compte la moitié à elle seule.

Absurdité pédagogique

A la différence des contre-réformes enrobées d’un vernis pédagogique, il est difficile de cacher que prime ici le motif économique, tant le travail des enseignants contractuels  – ou vacataires – est marqué par l’absence de stabilité, et donc de toute logique pédagogique. Ces enseignants précaires sont sélectionnés par Pôle Emploi ou après une inscription sur un site académique. Puis ils peuvent rapidement se retrouver devant des classes, sans aucune préparation, juste après la validation de leur embauche par un rapide entretien avec des inspecteurs. Ceux-ci baissent au minimum le seuil d’exigence puisqu’ils ont affaire, par principe, à des candidats n’ayant pas été formés à l’enseignement. C’est particulièrement le cas dans les matières en forte pénurie (sciences, langues étrangères), dont les diplômés peuvent espérer un débouché plus rémunérateur et moins précaire que l’EN.

Les enseignants précaires comprennent vite que les directions des établissements et des Rectorats n’attendent pas grand-chose d’eux, sinon une présence permettant d’éviter le signalement de classes sans enseignant, ce qui est préjudiciable aux primes et à la carrière de cette hiérarchie. Par ailleurs, l’accompagnement des contractuels dépend trop souvent du seul bon vouloir des équipes d’enseignants titulaires. A ces conditions de travail délétères s’ajoutent un isolement face aux pressions hiérarchiques, des galères de transport, des irrégularités dans le paiement, etc.

Précarité perpétuelle ?

Le ministre Blanquer se veut rassurant, voire enthousiaste : les contractuels ont une plus grande « liberté de carrière » que les fonctionnaires ! En outre, ils ne constituent pour le moment « que » 4 % des enseignants à l’échelle nationale. Cette hypocrisie est écœurante. La précarité est en réalité un rouage essentiel du fonctionnement de cette institution, notamment dans les académies où les besoins matériels et humains sont les plus importants. Dans l’académie de Créteil, par exemple, entre 10 et 15 % des enseignants sont précaires. Et ils subissent cette précarité, bien sûr.

Recrutés par contrat, ils sont facilement licenciables (ou « non renouvelables »). Aucun critère officiel ne préside à leur sélection, ni à leur réemploi. C’est le règne de l’arbitraire des Rectorats, qui gèrent leurs affectations, et des directions d’établissement, qui délivrent de brefs « avis » pouvant justifier le non-renouvellement de leurs contrats, sans même les avoir observés en classe.

Autre absurdité de ce système : l’absence d’un suivi régulier des carrières des enseignants non titulaires. En effet, parmi les personnels administratifs des Rectorats qui en ont la charge, beaucoup sont eux-mêmes des contractuels surexploités, mal payés et souvent non renouvelés !

Parmi les 300 000 personnels non titulaires, on compte aussi tous les surveillants et les accompagnants des élèves handicapés (AESH, ex AVS) ou encore des agents techniques, des documentalistes, des conseillers d’éducation ou des psychologues. Ainsi, selon Sud Education, l’EN est le premier employeur, en France, de salariés précaires : un personnel sur quatre. Tous ces personnels cumulent la précarité de l’emploi – limité à six ans pour les surveillants, par exemple – avec de bas salaires.

Mobilisation !

De timides avancées ont été obtenues récemment dans certaines académies, comme des formations basiques après plusieurs années – ou l’obtention d’un contrat annuel garantissant le salaire entre deux remplacements. L’obtention d’un CDI est légalement un droit après six années consécutives, mais une période sans poste de plus de quatre mois – fort possible – équivaut à un retour à la case départ.

Pour espérer mettre fin à cette précarité permanente, les concours ne sont pas une option viable : le nombre de places ne cesse de diminuer, à quoi s’ajoute la difficulté de préparer un concours tout en travaillant dans des conditions indignes. Enfin, les étrangers hors UE sont exclus des concours, alors qu’ils sont très nombreux parmi les précaires.

Nous devons lutter pour la titularisation de tous les précaires, sans condition de nationalité. Cette revendication doit être au cœur du programme et de l’action des syndicats. Il faut des actions communes des titulaires et des fonctionnaires. Les syndicats ont trop tendance à organiser des mobilisations ponctuelles « pour les précaires », c’est-à-dire à l’écart de l’ensemble des travailleurs du secteur.

Le mouvement des gilets jaunes a souligné la combativité des couches les plus exploitées de la société. La fin de la précarité n’est pas la moindre des batailles. Le mouvement ouvrier doit l’organiser sérieusement.

Pierre Zamboni (CGT Educ'action)

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