Un peu plus de 150 ans après la naissance de la Première internationale et alors que nous célébrons le 120e anniversaire de la CGT, le syndicalisme et plus généralement les mouvements sociaux font face, en France, mais aussi en Europe, à une offensive réactionnaire majeure visant à criminaliser toute contestation de l’ordre capitaliste.

Malgré ses difficultés, le syndicalisme français est bien vivant, comme le prouve la journée d’action du 9 avril dernier, qui a rassemblé 300 000 personnes à travers tout le pays (chiffre largement minimisé par la police et les médias bourgeois). Cependant il doit désormais faire face à une attaque en règle.

Haro sur les Bourses du travail

Depuis 2012, ce sont plus d’une vingtaine de Bourses du travail qui sont menacées de disparition : Villejuif, Blanc-Mesnil, Aubagne, Pithiviers ou encore Saint-Tropez et Viry-Châtillon… Toutes sont menacées par des municipalités de droite ayant pour objectif d’éradiquer le mouvement syndical de leurs communes. De plus, il s’agit pour ces municipalités de potentielles opérations immobilières à la clé.

Ces bâtiments historiques sont l’un des piliers fondateurs de la CGT. Ce sont des bases de lancement d’offensives et de contre-offensives face aux capitalistes, mais aussi d’éducation populaire et de divertissement des travailleurs. S’attaquer aux Bourses du travail, c’est s’attaquer à la culture populaire au profit de celle de la classe dominante.

La chasse au syndicalisme de lutte en France

Quand ce ne sont pas les Bourses du travail qui sont visées, ce sont ses occupants. La liste des épisodes de cette chasse au syndicalisme s’allonge de jour en jour. A Bobigny, l’Union Départementale du syndicat Solidaires est menacée de perdre sa place dans la Bourse du travail ; à Toulouse c’est la CGT même qui est menacée. Le syndicalisme étudiant est aussi visé. A la fac de Tolbiac-Paris I, Solidaires étudiant-e-s a subi une pression incessante, pendant une semaine, de la part de l’administration de l’université, qui lui demandait de rendre les clés de son local. Son « crime » : avoir organisé le mois dernier une conférence sur le martyr du peuple palestinien, malgré une interdiction officielle émise sous la pression du CRIF. La direction de la fac a dû reculer face à la mobilisation étudiante en faveur de la réunion.

Les pressions exercées sur le syndicalisme s’exercent aussi par la violence policière, notamment contre les manifestations les plus combatives. Avec la Police, la Justice est l’autre bras armé de la répression étatique. Ainsi, en septembre dernier, des militants étudiants lyonnais ont été menacés de prison avec sursis pour avoir participé à une manifestation non autorisée – ils écoperont finalement d’amendes. Ce 17 mars à Paris, cinq syndicalistes de la CGT Energie ont été renvoyés en correctionnelle pour avoir soutenu une salariée licenciée illégalement, sous l’infâme accusation d’« entrave à la liberté du travail ». Ce dernier cas montre bien que l’Etat, pour les intérêts qu’il défend ici, n’est pas neutre, mais qu’il est au contraire l’organisateur d’une véritable justice de classe. Cela nous rappelle que l’Etat, sa police et sa justice restent selon l’analyse marxiste des instruments au service de la classe dirigeante, la classe capitaliste.

En effet, à la tête de l’Etat, le président « socialiste » Hollande a montré quel camp il représente en dépénalisant les délits patronaux alors qu’il refuse d’amnistier les syndicalistes poursuivis par la Justice. Pire encore, la nouvelle loi « anti-terroriste » est un véritable permis de réprimer les mouvements sociaux. Que ce soit dans les entreprises ou en dehors, les syndicalistes pourront être mis sur écoute au nom des « intérêts économiques vitaux du pays ». Les militants en général sont pris pour cible par cette loi, en particulier les militants de gauche et écologistes « radicaux », dans leurs idées comme dans leurs méthodes. Il en va de même pour les journalistes indépendants.

La répression pour l’exemple

Cette année, un cap a été franchi dans la répression tous azimuts, dans la violence d’Etat comme dans son acharnement judiciaire. Des cas exemplaires ont mobilisé l’attention des militants et parfois même des médias. La mort, le 8 novembre dernier dans la ZAD (« Zone A Défendre») du Testet, du jeune Rémi Fraisse, qui luttait pacifiquement contre le projet contesté du barrage de Sivens, s’inscrit dans ce cadre. Son décès, suite à une action d’évacuation par les gendarmes du site occupé, avait d’ailleurs scandalisé la population, notamment les jeunes, et cristallisé la colère contre l’Etat, bien au-delà des cercles militants. Pour réprimer le mouvement qui s’y est développé à la suite, Toulouse avait été placée sous un régime d’exception, des journalistes ont été tabassés et une quinzaine de militants arrêtés.

Les mobilisations sur la question de la ZAD n’ont cependant pas cessé. En difficulté, l’Etat a recours aux interdictions de manifestations et à une violence policière de plus en plus systématique. Il est désormais prêt à punir sévèrement le « délit de manifestation ». C’est ce qui est arrivé à Gaëtan, syndicaliste étudiant toulousain à Solidaires, qui avait participé à une manifestation pacifique en hommage à Rémi Fraisse, mais interdite par les autorités départementales. Le 1er avril dernier, il a été condamné à 6 mois de prison, dont 2 fermes et 4 avec sursis, pour participation à une manifestation interdite, et outrage à agent. En retour, la mobilisation en soutien à Gaëtan se développe.

Un autre cas exemplaire a attiré l’attention : l’an dernier, Yann Le Merrer, un postier et syndicaliste à SUD-PTT, a été révoqué. C’est la première fois depuis 1951 qu’un fonctionnaire syndicaliste est si lourdement sanctionné. A l’époque, un syndicaliste CGT avait été révoqué puis réintégré. Cette fois, la direction de La Poste souhaite aller jusqu’au bout, « pour l’exemple » : Yann a participé à la longue et victorieuse grève des postiers, qui s’est étendue à tout le département des Hauts-de-Seine (92), l’année dernière.

Les cas de Yann Le Merrer ou de Gaëtan concernent en effet des luttes exemplaires, pour leurs méthodes, leur détermination et – dans le cas des postiers du 92 – pour leur succès. Ces démonstrations de combativité – à l’opposé du syndicalisme de collaboration de classe – doivent donc être réprimées a posteriori à la hauteur des vocations qu’elles pourraient susciter. Il s’agit donc d’un message de la classe dirigeante adressé à l’ensemble du mouvement ouvrier : Yann ou Gaëtan sont bel et bien « punis pour l’exemple ».

Crise mondiale et répression internationale

Le mouvement ouvrier doit tirer les conclusions qui s’imposent : ces cas de répression, qui semblent « démesurés », pourraient passer de l’exception à la norme dans la prochaine période. Dès maintenant, le syndicalisme est sous la pression constante de la classe dirigeante. En France, 30 % des élus syndiqués et 40 % des délégués syndicaux estiment subir la répression syndicale. En moyenne un délégué syndical gagne 10 % de moins qu’un salarié non syndiqué ayant le même profil.

La répression syndicale tend ainsi à se renforcer avec la crise mondiale du capitalisme. Rien ne doit s’opposer au maintien des taux de profit des capitalistes. La répression syndicale s’organise donc aussi bien à l’échelle de l’entreprise que des Etats au service de la classe dirigeante. Les mêmes faits se vérifient au-delà des frontières françaises. Les luttes sont réprimées partout en Europe : Amazon en Allemagne, Arcelor Mittal en Belgique, Ikea en Italie…

Les institutions internationales comme le FMI, émanations directes des intérêts capitalistes, participent aussi au mouvement de répression. Leurs injonctions à la libéralisation des pays qui sont sous leur domination, s’accompagnent de conseils poussant à réprimer ceux qui contestent. C’est notamment le cas dans les pays du Sud de l’Europe comme la Grèce, inféodés à la « Troika » (FMI, UE, BCE) depuis le début de la crise. En Espagne également la criminalisation du militantisme devient systématique : 400 militants syndicaux du SAT (Syndicat Andalou des Travailleurs) doivent faire face à des poursuites judiciaires et risquent des peines extrêmement lourdes pour des actions mineures, telle l’occupation symbolique de terres militaires non exploitées à Las Turquillas.

Solidarité ! Mobilisation !

Le capitalisme en crise n’aura de cesse de s’attaquer aux droits des travailleurs et à briser leur résistance. En France comme ailleurs, le mouvement ouvrier doit organiser au plus tôt une réponse à la hauteur de l’attaque portée. Cela commence, pour les organisations syndicales et de gauche, par une défense acharnée et systématique de tous les syndicalistes et militants qui subissent la répression.

Révolution apporte tout son soutien à Yann le Merrer et Gaëtan, dans leur lutte contre la répression, et appelle à participer en masse au rassemblement de soutien, le 5 mai 2015 à 18 h à Bercy, près du ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.

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