Samedi 13 avril, une cinquantaine de salariés de l’usine PSA d’Aulnay ont envahi le Conseil National du Parti Socialiste, qui se tenait dans une salle de la Cité des Sciences à Paris. Accompagné de ses camarades de la CGT, Jean-Pierre Mercier est monté sur la tribune et a interpellé les dirigeants du parti au pouvoir : « vous avez vos menteurs, vos Cahuzac, nous on a Philippe Varin », le PDG de PSA.

Il est vrai que les salariés du groupe automobile en ont assez de se faire rouler dans la farine. Après les mensonges comptables de la direction tels que rapportés dans le numéro précédent de notre journal, voilà qu’ils se font promettre des solutions de pacotille face à la casse de leur outil de travail. En effet, Philippe Varin a non seulement escamoté 3,9 milliards d’euros des comptes du groupe par des jeux d’écritures comptables, mais il a en outre orchestré des offres de reclassement qui ne sont qu’un écran de fumée.

Les ouvriers de PSA Aulnay se voient proposer une reprise de leur site par un opérateur logistique, ID Logistics, un reclassement au sein de la SNCF pour certains et une mutation dans le site de Poissy pour d’autres. Loin de faire l’unanimité, ces mesures suscitent la circonspection des salariés de l’usine. La reprise du site par ID-Logistic ne conserverait que 600 salariés et l’embauche par la SNCF se limiterait à 60 personnes. La mutation à l’usine de Poissy ne concernerait que 300 salariés, qui plus est au plan national, ce qui ne « profiterait » qu’en partie aux ouvriers d’Aulnay. Avec un effectif de 3100 travailleurs, dont 400 intérimaires, on est donc loin du reclassement de l’ensemble des ouvriers du site.

Au vu de ces éléments, il paraît clair que Philippe Varin jette de la poudre aux yeux des salariés les moins avertis et de l’opinion publique. D’autant que parallèlement à ces manœuvres, il organise en sous-main la suite des opérations. En bons capitalistes, lui et ses acolytes ont décidé de transférer une bonne partie de leurs activités vers des pays où la main d’œuvre est moins chère. Rien que pour la Chine, la part nationale dans la production automobile mondiale est passée de 8 % en 2000 à 40 % aujourd’hui. Avec déjà trois usines dans le centre du pays et une société commune avec un constructeur chinois, PSA compte ouvrir une deuxième co-entreprise avec un autre constructeur local dès que les autorités du pays auront donné leur feu vert à ce projet. D’ici 2015, le groupe prévoit d’y fabriquer un million de voitures par an, soit un quart de ses capacités au niveau mondial.

Face à cette gigantesque partie de Meccano, les 400 grévistes d’Aulnay peuvent paraître bien impuissants. Mais c’est compter sans la sympathie qu’ils suscitent peu à peu auprès de leurs collègues des autres unités du groupe et dans l’ensemble du mouvement ouvrier. En effet, les salariés de Poissy leur ont remis dernièrement un chèque de solidarité de 3000 euros alors que les dons provenant du reste de la population se montaient à 262 000 euros au 2 mars dernier ! Les promesses de dons, quant à elles, atteignent les 76 000 euros au 21 avril.

Certes, la lutte des classes au niveau national peut paraître bien lente à prendre une tournure favorable aux ouvriers. Cependant, il ne faut pas voir cette situation comme figée dans le temps et séparée de son contexte européen et mondial. Avec les perspectives sombres qui se dessinent à l’horizon, le salariat français est appelé à rejoindre ses voisins portugais et espagnol dans leur lutte commune contre le capitalisme. La révolution tunisienne, qui a entraîné dans son sillage l’ensemble des peuples arabes, a montré qu’un acte désespéré d’un jeune chômeur diplômé peut déclencher un véritable séisme au niveau international. Enfin, la révolution vénézuélienne montre chaque jour aux communistes du monde entier que lorsque le peuple entre dans l’arène politique, la classe capitaliste devient vulnérable.

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