Dans le secteur privé, l’intérim, la sous-traitance, les contrats à durée déterminée et à temps partiel constituent 80% des embauches.

Les attaques contre le Code du travail et contre les droits des salariés sont inacceptables. L’objectif du gouvernement peut être résumé simplement : il s’agit de faire des travailleurs des machines utilisables et corvéables à merci. En même temps, le patronat impose un allongement du temps de travail : après la contre-réforme des retraites, qui a allongé la durée de cotisation, nous faisons face à une offensive brutale contre les 35 heures.

Si 80% des salariés sont encore en CDI, la vaste majorité des embauches concerne des emplois précaires. L’augmentation du chômage et la dégradation de son indemnisation se répercutent sur l’ensemble des salariés qui, par crainte du licenciement, révisent à la baisse leurs exigences en matière de revenus, de charge de travail et de stabilité. Le recours à la précarité est une politique délibérée qui vise en tout premier lieu le Code du travail et le statut général des fonctionnaires, et à travers eux le droit au travail et les différentes protections qui y sont attachées. Du point de vue du MEDEF, le code du travail et le statut des fonctionnaires donnent trop d’avantages aux salariés. Aussi veut-il les détruire.

La précarité a connu un développement tel qu’il a contribué à la formation d’une classe ouvrière périphérique, surexploitée, divisée et totalement désorganisée. Que ce soit dans le privé ou dans le public, on assiste à la multiplication des contrats précaires. Dans le privé, l’intérim, la sous-traitance, les contrats à durée déterminée, les emplois à temps partiel, les emplois aidés, etc, constituent 80% des embauches. Dans le public, les salariés précaires ont pour nom auxiliaires, vacataires, temporaires, contractuels, etc. - et représentent un tiers du personnel.

Cette frange du salariat doit accepter des emplois aux normes détériorées en termes de salaire, de statut, de conditions de travail, de qualifications et de droits. Cette situation n’est pas sans effet sur l’ensemble des salariés : les précaires sont utilisés comme moyens de pression et permettent l’introduction de nouvelles conditions de travail : flexibilité, polyvalence, mobilité, déqualification.
Aucun secteur n’est épargné, y compris la recherche. La précarité de l’emploi, l’absence de garanties sociales et des conditions de travail généralement pénibles rendent difficiles l’organisation des précaires et, par conséquent, freinent leur capacité à lutter. Les précaires ne voient l’aboutissement de leurs revendications que lorsque celles-ci sont prises en charge par les sections syndicales d’entreprises, comme chez Peugeot-Citroën (Seine-Saint-Denis), Renault (Yvelines) et Toyota (Nord).

Pour une contre-offensive syndicale

Ainsi s’exprime le MEDEF : « il apparaît préférable d’occuper un emploi, fut-ce sous forme de contrat court, plutôt que d’être au chômage. Les effets positifs des contrats courts sur l’insertion professionnelle des jeunes viennent à l’appui de cette thèse. Les contrats courts préfigurent, de ce point de vue, la société de demain fondée sur le dynamisme et la mobilité. » Et en effet, plus de 60% des salariés en CDD ont moins de 30 ans, et 35% des intérimaires ont moins de 25 ans. Et dans 20% des cas seulement, les CDD ou l’intérim débouchent sur un CDI.

Le problème des travailleurs précaires se pose à l’ensemble des salariés. Pour les jeunes comme pour l’ensemble des chômeurs, il est quasiment devenu le seul moyen d’entrer ou de retourner dans le monde du travail, qui s’est transformé en une course infernale aux petits contrats et autres « missions ». Conséquence de la pression exercée sur ces salariés pour qu’ils soient toujours plus rentables : les accidents du travail déclarés sont repartis à la hausse et les maladies professionnelles ont explosé. Enfin, cette situation se lit également dans un chiffre aussi scandaleux que dramatique : 29% des SDF travaillent sous contrat précaire. C’est là l’une des facettes de la « société de demain fondée sur le dynamisme et la mobilité » que le MEDEF appelle de ses vœux.

La situation des travailleurs précaires est un obstacle à la lutte collective, ce qui complique la tâche des organisations syndicales. La défense des travailleurs précaires ne peut être portée par les seuls précaires, de même que les chômeurs ne peuvent lutter seuls contre le chômage. Dans les deux cas, les salariés en CDI et les organisations syndicales doivent constituer la colonne vertébrale d’un mouvement pour la défense des travailleurs précaires. Il est clair, par ailleurs, que les luttes locales, à l’échelle d’une entreprise, ne peuvent inverser la tendance à l’échelle nationale dans le domaine du travail précaire. Dans le contexte actuel, seule une lutte d’envergure nationale, impliquant massivement les salariés du public et du privé, a une chance de faire reculer le MEDEF et le gouvernement. Une grève générale de 24 heures serait une étape cruciale dans la contre-offensive qui s’impose.

Il n’y a d’autre voie que la mobilisation de tout le salariat - précaire ou non - autour d’une plate-forme syndicale offensive. Pour sa part, La Riposte a publié et diffusé dans le mouvement syndical une proposition de plate-forme syndicale dont voici un passage concernant la précarité :

« La précarité est une forme de chômage larvé. [...] Soumis à la pression des agences d’intérim, des contrats à temps partiels ou à durée déterminée, des centaines de milliers de salariés vivent dans l’angoisse permanente du lendemain. Les CDD ne doivent être proposés que pour remplacer des salariés temporairement absents (maternité, maladie, etc.) ou pour des travaux proprement saisonniers. Tout recours à un CDD en dehors de ces cas précis doit être validé par les instances syndicales ou, à défaut, par le délégué du personnel.

La généralisation de la précarité est devenue une énorme source de profits pour les agences d’intérim. Il faut revendiquer la nationalisation des plus importantes d’entre elles, sans indemnisation, sauf pour les actionnaires les plus modestes. Les ressources matérielles et humaines de ces agences d’intérim doivent alors être intégrées dans les structures de l’ANPE, afin de renforcer le dispositif public d’aide et d’accompagnement des chômeurs. »

Pierre Pillot, CGT-Chômeurs

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