Interview de Xavier Pétrachi (CGT AIRBUS) et de Jean-Pierre Caparros (CGT ALTRAN), pour la coordination CGT des sociétés sous-traitantes de l’aéronautique.


Révolution : I l y a un peu moins d’un an, vous avez organisé une coordination des syndicats CGT des sociétés sous-traitantes de l’aéronautique. Pourquoi une telle initiative ?

En décembre 2013, un rapport d’expert annonçait la mise en place d’un vaste plan d’économie dans l’ingénierie aéronautique, avec pour but d’augmenter la rentabilité pour satisfaire les actionnaires. Ce plan se traduit, sur une période de 3 à 4 ans, par au moins 3000 suppressions de postes sur les 7500 que compte actuellement ce secteur en région toulousaine. Ayant compris que ce qui se mettait en place était global et sortait du cadre de chaque société, les camarades ont décidé de s’organiser sous la forme d’un collectif CGT.

Révolution : Qu’est-ce qui justifie un tel plan de suppressions de postes dans la sous-traitance aéronautique, alors que le secteur semble ne s’être jamais aussi bien porté ?

Effectivement, Airbus a un carnet de commandes monstre : au moins 8 ans de plan de charge – 5900 avions – pour un montant d’au moins 650 milliards de dollars. Mais il n’y a plus de nouveaux grands programmes comme l’A350, l’A380 ou l’A400M. En conséquence, il y a une baisse de charge dans l’ingénierie. Et vraisemblablement, il n’y aura pas de nouveau programme avant 10 ans minimum. Le dernier grand programme, l’A350, avait demandé des investissements importants : 11 milliards dégagés par la trésorerie et les avances remboursables de l’État. Aujourd’hui, Airbus n’investit que pour de la remotorisation d’avions existants, pour un investissement beaucoup moins important de l’ordre de 1 à 2 milliards. Airbus déploie dans l’ingénierie, avec la plus grande discrétion, un plan social déguisé et sous-traité. Dans le même temps, il communique sur ses commandes record.

Révolution : Comment cela se traduit concrètement pour les salariés sous-traitants ?

Cela se traduit par une baisse du nombre de sociétés sous-traitantes. Depuis janvier 2014, 30 % des salariés sous-traitants travaillant in situ sont partis du site d’Airbus. De nombreuses missions ont été arrêtées. Même pour les salariés du bureau d’études d’Airbus, la baisse d’activité se fait nettement sentir. Malgré les dénégations des directions des sociétés concernées et de celle d’Airbus, les salariés ont subi les premières conséquences de ce plan : licenciements pour des motifs injustifiés, déplacements imposés dans toute la France avec comme seule alternative – en cas de refus – le licenciement, culpabilisation des salariés, pressions pour les forcer à démissionner, conditions de travail qui se dégradent de jour en jour pour compenser des baisses de tarifs incessantes et préserver la marge de chaque société, salariés cassés et jetés sur le marché du travail comme des kleenex… Cette situation est le fait des patrons, qui ont choisi d’empocher les bénéfices à court terme, sans anticiper la situation ni préparer l’avenir.

Révolution : Justement, comment en est-on arrivé là ?

Par le passé, son statut d’entreprise publique permettait à Airbus de faire des investissements massifs sur du long terme. C’est ce qui a permis de réaliser les grands programmes jusqu’à l’A380. Les immenses bénéfices dégagés par la suite, après qu’Airbus ait été privatisé, ont également permis le lancement du programme A350. Aujourd’hui, l’actionnariat flottant en bourse représente 72 % du capital. Cela remet en cause encore plus l’investissement. En effet, pour augmenter la rentabilité de l’action, il faut moins de risque en termes d’innovation, d’ingénierie, etc. surtout quand il est demandé un rendement de l’action de l’ordre de 10 %, contre 7 % aujourd’hui.

Révolution : Que revendique la coordination ? Quels sont ses objectifs et ses initiatives ?

Il nous faut d’abord unir la communauté de travail de tout le secteur et faire un maximum de communication sur notre cause. Pour cela, nous devons informer l’ensemble des salariés bien sûr, mais aussi la population et les pouvoirs publics. Nous avons organisé une campagne de pétition. La Coordination a rencontré le ministre de l’Économie Montebourg, en juin dernier. Il nous a confié qu’il laissait Airbus se restructurer, du moment « qu’il n’y a pas de départ forcé », du moins chez Airbus. Nous devons également interpeller les députés pour faire remonter la problématique à l’Assemblée nationale.

Si localement notre action commence à être connue, étant donné les enjeux, le mouvement doit être relayé. Nous voulons provoquer la mise en discussion de la politique d’Airbus, au niveau départemental, régional et national, avec l’objectif d’obtenir des États généraux de l’industrie de l’aéronautique en Midi-Pyrénées.

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