Des organisations de livreurs luttent pour que leurs droits soient reconnus depuis plusieurs mois[1]. Mais aucune n’était reconnue comme un syndicat jusqu’à une période récente. C’est aujourd’hui chose faite à Bordeaux, Dijon, Nantes, Toulouse et Lyon. La CGT a en effet désormais dans ces villes des syndicats pour les livreurs « indépendants ». Dans cette dernière ville, une mobilisation est menée en ce moment par les livreurs pour obtenir un véritable statut, qui prenne en compte les réalités de leur métier.

La précarité, arme patronale

Les livreurs mobilisés exigent d’être considérés comme des salariés, ce qui leur permettrait d’avoir droit aux allocations chômage. Aujourd’hui, les livreurs n’ont aucune assurance de continuer à percevoir un revenu s’ils voient leur nombre de courses baisser, et sont donc très vulnérables à la pression de leurs employeurs. Ceux-ci peuvent leur imposer des conditions de travail honteuses et un salaire de misère : en moyenne 6€ net par heure, 4€ en dessous du SMIC ! Et ces conditions sont celles de dizaines de milliers de travailleurs (Deliveroo revendique seule 10 000 coursiers).

Pour les plateformes de livraison, cette précarité est aussi un outil contre l’organisation des travailleurs. Un livreur qui voulait se mobiliser risque de voir son nombre de courses baisser drastiquement, et peut même voir son « compte livreur » désactivé, ce qui équivaut à un licenciement, sans pouvoir prétendre à la moindre indemnisation ou allocation chômage. A cette revendication d’un statut de salariés s’ajoute celle de la légalisation des livreurs sans-papiers qui sont très nombreux. Pour ces derniers, la crainte de la police s’ajoute à celle de la répression patronale et de la précarité.

Unité des travailleurs

A Lyon, les livreurs, organisés depuis octobre dans un syndicat, ont mené une série de journées de mobilisation afin de bloquer un maximum d’enseigne de restauration rapide en une soirée. Les grévistes ont ainsi réussi à faire fermer plusieurs enseignes comme McDonald’s ou Burger King lors des soirées de mobilisations. Chaque soir de mobilisation a rassemblé plusieurs dizaines de livreurs, plus d’une soixantaine par moment. Dans une profession aussi atomisée, le fait qu’une telle mobilisation puisse se développer est une victoire en soi. Mais cela ne suffit pas.

Loin d’être anecdotique, cette mobilisation montre que le mouvement arrive à un point clé. La mobilisation des livreurs a permis d’obtenir des victoires locales, comme à Saint-Etienne où les livreurs de UberEats viennent d’obtenir un minimum horaire garanti. Pour obtenir une victoire sur un plan national, cette mobilisation ne peut rester isolée. Elle a besoin du soutien d’autres secteurs de la classe ouvrière, et, pour commencer, de la Fédération CGT Commerces et Services qui pourrait connecter leur lutte à celle des autres salariés du secteur de la restauration. Si les livreurs restent seuls, leurs patrons pourront toujours puiser dans la réserve grandissante des chômeurs et des précaires pour remplacer les mécontents. Seule l’unité avec les autres couches de travailleurs permettra d’obtenir des victoires durables.


[1] Voir notre article : Ubérisation : l’exploitation 2.0.

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