Le 12 janvier 2016, le tribunal correctionnel d’Amiens a condamné huit syndicalistes de l’entreprise Goodyear à neuf mois de prison fermes, pour avoir « séquestré » le directeur des ressources humaines et le directeur de la production. Pour la plupart membres de la CGT, les « 8 de Goodyear » – dont Mickaël Wamen, désormais bien connu – protestaient contre la fermeture de l’usine d’Amiens Nord.

Le verdict du tribunal avait frappé par sa sévérité, inédite en France dans le cadre d’un mouvement social depuis la Seconde Guerre mondiale. Cela avait d’autant plus choqué que les deux directeurs avaient été, de leur propre aveu, bien traités. On ne peut pas en dire autant des 1174 ouvriers qui ont vu leur site fermer.

Le 5 août 2016, Vincent Martinez, représentant du personnel CGT de l’entreprise Air France, a vu son licenciement pour « faute lourde » autorisé par la ministre du Travail, Myriam El Khomri. Le motif ? Vincent aurait volontairement poussé le vigile qui, en tombant, a déchiré la fameuse chemise de l’ancien DRH de la société, Xavier Broseta. Or les vigiles privés appartenaient à une entreprise extérieure ; ils n’avaient donc pas le droit d’intervenir dans le cadre d’un conflit social entre un employeur et ses salariés. A cela s’ajoute le fait que rien, sur les enregistrements de vidéosurveillance, ne permet d’affirmer que Vincent ait agi volontairement. Aussi l’Inspectrice du Travail avait-elle fort justement refusé le licenciement.


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Mais tout le monde n’a pas la même conception de la justice : saisie d’un recours hiérarchique, la ministre a préféré céder au patron d’Air France, en ajoutant, sans rire, qu’il aurait été « injuste » que Vincent ne soit pas licencié alors que quatre de ses collègues non protégés l’avaient déjà été. La ministre ne s’est en revanche pas exprimée sur le caractère « injuste » des 3000 suppressions de poste annoncées par Air France.

Répression syndicale

Mickaël et Vincent sont devenus des symboles à double titre : les symboles d’une volonté toujours plus forte du patronat et de ses relais de mettre au pas les organisations syndicales, mais aussi les symboles de la résistance face à cette mise au pas. Médiatisées, leurs histoires n’en sont pas moins assez communes. La répression syndicale est une réalité courante dans les entreprises françaises. Le fait que les représentants du personnel soient protégés contre le licenciement, puisque l’employeur doit demander l’autorisation préalable de l’Inspection du Travail pour se séparer d’eux, pourrait faire croire qu’en France les syndicalistes sont « intouchables ». Il n’en est rien. Si cette protection contre le licenciement a été instituée, c’est précisément parce que les militants syndicaux sont très souvent victimes de répression. Toutes les enquêtes montrent que les salariés « protégés » sont autant, voire légèrement plus licenciés que les autres. Interrogés sur la raison pour laquelle ils ne se syndiquent pas, 36 % des travailleurs mentionnent la peur des représailles patronales [1].

En vérité, le fait de prendre un mandat de représentant du personnel, dans une entreprise, est souvent un acte courageux, un acte militant, surtout lorsque c’est au nom d’un syndicat jugé trop combatif par le patronat. C’est parce que Mickaël, Vincent et tous leurs autres camarades anonymes se sont montrés courageux dans la défense des travailleurs qu’ils sont victimes de la répression patronale. Cette répression est abondamment relayée par une Justice et un gouvernement au service du Capital, pour lesquels condamner des milliers de personnes à l’indigence au nom du profit est parfaitement acceptable, tandis que tenir tête à un patron pour tenter de sauver ces mêmes personnes est une faute gravissime.

Ces exemples montrent encore une fois qu’au-delà de la lutte sociale directe contre chaque patron, entreprise par entreprise, le mouvement ouvrier doit aussi s’organiser pour porter la lutte sur le terrain politique, afin de défendre globalement les intérêts des travailleurs face aux réseaux très bien organisés qui relayent les intérêts patronaux auprès des pouvoirs politiques. Ils ont l’argent, mais nous avons le nombre !


[1] Enquête TNS/SOFRES pour Dialogues réalisée les 20 et 21 décembre 2005.

 

 

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