Les grands événements révolutionnaires qui secouent le Mexique, la Bolivie et le Venezuela ont de quoi effrayer les capitalistes du monde entier. Certes, ces révolutions ne sont pas encore allées jusqu’à leur terme. Dans les pays concernés, le capitalisme est encore débout. Mais d’ores et déjà, ces mouvements fournissent la preuve irréfutable de l’énorme puissance de la jeunesse et de la classe ouvrière — dès lors que, sous l’impact de la crise du capitalisme, elles s’arrachent à leur torpeur et entrent massivement en action pour changer la société. Au Nicaragua, où, lors de la précédente révolution, la possibilité d’en finir avec le capitalisme a été gâchée par une direction défaillante, les résultats des dernières élections témoignent d’un nouveau réveil des travailleurs et des paysans. L’ébullition révolutionnaire gagne l’ensemble du continent.

Pour tous ceux qui, en France, aspirent à changer la société et à en finir avec le capitalisme, les enseignements de ces mouvements révolutionnaires sont d’une importance primordiale. Ceci est d’autant plus vrai que ces événements montrent à la France son propre avenir, ainsi que celui de l’ensemble du continent européen.

Dès le début de la révolution vénézuélienne, nous avons expliqué qu’elle n’était que l’expression la plus avancée d’un processus révolutionnaire continental. La suite des événements a largement confirmé cette analyse. Mais le processus ne s’arrêtera pas aux rivages de l’Amérique latine. Partout, les mêmes causes produiront les mêmes effets, et nous ne parlons pas ici d’un avenir très lointain. Si, aujourd’hui, le centre de gravité de la révolution mondiale se trouve au Venezuela, en Bolivie et au Mexique, il se déplacera immanquablement, dans les années à venir, vers l’Europe – et tout particulièrement vers la France.

Ici, comme ailleurs, le capitalisme a fait la démonstration de son incapacité à répondre aux besoins de la société. Le chômage, la précarité, la pauvreté, le désespoir et toutes les autres manifestations de la misère humaine sont autant de preuves de la faillite de ce système. Depuis des décennies, les porte-parole du capitalisme ont mené une offensive idéologique implacable pour imposer l’idée que la prospérité à long terme des travailleurs et de leur famille passait par des sacrifices à court terme.

Ces sacrifices ont bien été imposés : flexibilité des horaires, polyvalences, augmentation des cadences, blocage des salaires, compression des coûts, sous-traitance, restructurations, etc. Mais où est la prospérité promise ? Quelles sont les perspectives d’avenir ? D’après les porte-parole du capitalisme eux-mêmes, la croissance économique ne peut résulter que de nouveaux sacrifices et encore plus de précarité — à la façon du CPE, par exemple. Cela signifie que, sous le capitalisme, deux scénarios sont désormais possibles : la croissance du PIB au prix de la régression sociale, ou la baisse du PIB au prix d’une régression sociale encore plus sévère. Les seuls à échapper à cet immense jeu de massacre social, ce sont les membres de la classe capitaliste, qui voient leurs profits grimper à des niveaux records.

Stagnation économique et régression sociale

Le déclin de la position mondiale du capitalisme français, la stagnation économique (0% de croissance au troisième trimestre, après 0,5% au premier et 1,2% au deuxième) et la régression sociale permanente préparent le terrain à des événements dont la puissance, l’ampleur et le potentiel révolutionnaire feront pâlir les événements tumultueux en cours sur le continent latino-américain. Dans un tel contexte, ce que nous ne pouvons expliquer, en ces temps « normaux », qu’à une minorité militante, à savoir que la seule véritable force de la minorité capitaliste, le seul pilier sur lequel repose son système, c’est la faiblesse du programme politique de la gauche, deviendra une évidence aux yeux d’une masse de plus en plus large de la population.

D’ici quelques mois, les jeunes et les travailleurs de ce pays se mobiliseront pour infliger à la droite une cinglante défaite électorale. Pour ce faire, ils ne se tourneront pas vers on ne sait quelle minuscule organisation « alternative », mais vers les seuls outils qui soient conformes à l’objectif fixé. C’est donc le Parti Socialiste qui sera le premier bénéficiaire de cette mobilisation — mais aussi, dans une certaine mesure, le PCF. Ceci-dit, le programme actuel du PS est le plus droitier et le plus ouvertement pro-capitaliste de toute son histoire. La victoire du PS aura lieu malgré sa politique pro-capitaliste. Très vite, cette politique sera contestée. Non seulement le prochain gouvernement de gauche — avec ou sans la participation du PCF — ne pourra résoudre un seul des problèmes sociaux et économiques qui accablent la jeunesse et les travailleurs, mais il sera amené, par la logique même de son adhésion au capitalisme, à les aggraver.

Pour autant, nous ne nous tiendrons pas à l’écart de la grande bataille électorale qui s’annonce. Nous y prendrons part, loyalement et fraternellement, à côté des millions d’électeurs socialistes et communistes, sans pour autant renoncer à nos idées et à notre programme. Nous appellerons à voter pour les candidats du PCF aux premiers tours et pour les candidats de gauche en tête — y compris ceux du PS — aux deuxièmes. Mais notre tâche principale sera, comme toujours, la défense et l’explication des idées et du programme du marxisme, car la défaite définitive de la droite et du système qu’elle défend passe par le réarmement politique de la gauche.

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