Les grèves combatives et victorieuses se multiplient en France, notamment dans des PME et des entreprises sous-traitantes. Des jeunes aux conditions de travail précaires en sont les acteurs principaux et affichent une détermination sans faille. Exemple récent : le succès de la grève du 17 au 23 juillet dernier chez LSG, une entreprise sous-traitante qui assure les services de bord sur les trains franco-italiens Thello. L’article ci-dessous – écrit fin juillet – est le témoignage direct d’un militant de Révolution, par ailleurs délégué SUD Rail du personnel, qui a organisé cette lutte avec ses collègues.


LSG France est l’entreprise assurant la totalité des services sur le train de nuit Thello, qui effectue les voyages Paris-Venise. Les trains sont la propriété de Thello, contrôlée à 67 % par l’entreprise ferroviaire publique italienne Trenitalia et à 33 % par la multinationale française Transdev. Créée en 2011, Thello est la première entreprise à avoir bénéficié de l’ouverture du rail à la concurrence, en 2009, sous Sarkozy. Thello sous-traite cependant les services de bord à LSG France, filiale française de la compagnie aérienne allemande Lufthansa. Une véritable usine à gaz !

Depuis quatre ans, le personnel de bord se plaint de conditions de travail difficiles : le salaire est au niveau des minima fixés par la loi pour le travail de nuit ; les horaires changent constamment ; les salariés travaillent trois week-ends par mois et la plupart des jours fériés (Noël, Pâques, Nouvel An, etc.). Les temps de repos n’ont cessé de se réduire. Les trains sont insalubres : wagons vieux, sales, dépourvus de climatisation ou de chauffage ; prises électriques et lumières qui ne fonctionnent pas... Tout ceci a fait croitre le mécontentement des travailleurs comme des passagers, la situation devenant insupportable.

Grève illimitée

Le 17 juillet dernier, le personnel s’est mis en grève illimitée. Dès le départ, nous avons déclaré que nous ne reprendrions pas le travail tant que la direction n’accepterait pas d’ouvrir des négociations sérieuses sur les conditions de travail et les salaires. Dans le même temps, les représentants des salariés ont dénoncé le non-respect des dispositions légales relatives aux temps de repos entre l’aller et le retour (Paris-Venise), le paiement des heures de nuit et la prise en compte des jours fériés – pour ne citer que les principaux sujets de mécontentement.

LSG France n’avait mis en place que certaines dispositions (négatives pour les salariés, mais qui arrangeaient la direction) du décret-cadre du secteur restauration et services à bord des trains [1], sans pour autant prévoir de négociations syndicales qui puissent déboucher sur un accord d’entreprise améliorant la situation de tous les salariés – contrairement à ce qui est prévu par le décret lui-même. Comme syndicalistes, nous contestions l’arbitraire et l’irrégularité de cette méthode. De telles pratiques avaient pour but de mettre en place une organisation du travail pénalisante pour les travailleurs, au nom de la rentabilité maximum pour l’entreprise.

Il n’est donc pas surprenant que, dès le début de la grève, la direction se soit montrée totalement fermée à nos revendications. Elle a refusé de reconnaitre des erreurs au regard de la loi. Sur ce terrain de la légalité, elle a aussi refusé « par principe », pour ainsi dire, de discuter les propositions émanant des travailleurs. Mais après quatre jours de grève, la direction a fini par donner de timides signes d’ouverture à la discussion.

Si la direction a tardé à ouvrir des négociations, c’est aussi parce que les trains partaient malgré tout : les grévistes ont été remplacés par des managers de LSG et des travailleurs embauchés sur un contrat à la journée. La loi française est pourtant claire : il est interdit d’utiliser les travailleurs journaliers pour neutraliser une grève.

Unité et détermination

La détermination des grévistes a cependant fini par l’emporter sur la fermeté de la direction, contraignant le PDG à négocier. Sur les six jours de grève illimitée, le taux de participation des CDI (58 stewards et 10 chefs de train) a oscillé entre 85 % et 100 %. C’est un chiffre considérable, car la perte d’un voyage représente, pour un travailleur, 300 euros de salaire en moins. Autrement dit, un jour de grève équivaut à la perte de 4 jours de travail.

Un autre atout de cette lutte était l’unité solidement maintenue par les grévistes, aussi bien entre les deux syndicats qu’entre les deux catégories de salariés. Chez LSG France, les chefs de train sont représentés par la CFE-CGC et les stewards par SUD Rail. Or, avant d’engager les négociations, la direction a tenté de diviser les salariés. Elle a tout d’abord cherché à ouvrir un dialogue avec les seuls stewards, excluant les chefs de train. Dans un second temps, elle a proposé de discuter des revendications des chefs de train – mais plus de celles des stewards ! Après plusieurs jours de grève, la fatigue aidant, ces tentatives de rompre le front de solidarité auraient pu trouver un terrain fertile. Mais les travailleurs ne sont pas tombés dans le piège. Ils ont resserré les rangs et ont rejeté en bloc toutes les initiatives « empoisonnées » de la direction.

Enfin, tous les soirs, à l’heure de l’embarquement des passagers, gare de Lyon, nous avons organisé un rassemblement avec distribution de tracts aux passagers pour expliquer le sens de notre lutte. Là aussi, la direction a pu constater notre unité et notre ténacité : la présence à ces rassemblements militants a atteint des pointes à 80 % des effectifs totaux des deux catégories en grève.

La lutte paie !

Grâce à cette détermination et à ces méthodes de lutte, nous sommes arrivés à un accord préliminaire, permettant la mise en place rapide d’une amélioration générale des conditions de travail. Ce premier accord reprend la plupart des revendications des travailleurs, notamment l’ouverture de négociations sur l’augmentation des salaires et de certaines primes, sur la diminution du nombre de voyages par mois – mais aussi la signature du fameux accord d’entreprise qui avait été refusé jusqu’à présent. La direction s’est engagée à résoudre immédiatement par ce biais toutes les irrégularités concernant les jours fériés et à régulariser les compensations pour le travail de nuit, le repos minimum entre un aller et un retour et enfin assurer la mise en œuvre de plusieurs nouveautés techniques améliorant la propreté et la sécurité pour les travailleurs et les passagers à bord du train.

En outre, les injustices du passé ne restent pas non plus sous silence : il est prévu un audit impartial qui permettra de restituer l’argent et les jours de repos dus aux travailleurs et causés par des irrégularités dans l’application du décret-cadre (non-respect de la majoration des heures de nuit et des jours fériés). Dernière conquête, mais pas la moindre de par son importance symbolique : le paiement partiel des heures de grève.

Dans l’accord préliminaire, le patron a donc accepté nombre de nos revendications, mais sur d’autres il s’est limité à évoquer leur possible insertion dans de futures négociations. La direction devrait cependant avoir à l’esprit que la grève n’est que « suspendue ». Les délégués syndicaux et des travailleurs feront preuve d’une grande vigilance.

Malgré certaines conquêtes incertaines – à vérifier dans un avenir proche –, cette grève d’une semaine est d’ores et déjà un véritable succès pour les salariés de LSG France. Nous sommes des travailleurs d’une petite entreprise sous-traitante où, comme dans bien d’autres entreprises, le syndicat n’était qu’un « fantôme » difficilement mentionné dans les conversations, où le sentiment d’injustice et d’abus couvait de manière constante, sans pour autant être entendu. Eh bien ! Ces travailleurs ont organisé leur colère ! Ils ont compris qu’il ne suffisait pas de se plaindre ou de croire dans les promesses paternalistes de la direction. A LSG comme ailleurs, il faut au contraire s’organiser dans les syndicats pour changer les rapports de force et rompre le silence assourdissant qui couvre les revendications des travailleurs. Nous ne sommes pas prêts d’oublier cette leçon.


[1] Décret nº 2003-849 du 4 septembre 2003 relatif aux modalités d’application du Code du travail, concernant la durée du travail du personnel des entreprises qui assurent la restauration et les services des wagons-lits sur les trains.

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