Au terme du premier confinement, l’enjeu de la reprise des matchs de football n’était pas sportif. L’enjeu central, c’était les énormes transactions financières dont jouissent les plus grands clubs européens. Les droits de retransmission des matchs génèrent plus de la moitié des revenus des clubs professionnels.

En France, la chaîne Téléfoot – du groupe sino-espagnol Mediapro – avait obtenu le droit de retransmettre 80 % des matchs du championnat français. Montant du contrat : 780 millions d’euros par an, somme inédite que comptaient se partager les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, et qui serait venue s’ajouter aux contrats signés avec Canal+ et Bein. Le total des « droits TV » aurait ainsi dépassé le milliard d’euros.

Aveuglés par le pactole promis par Médiapro, les dirigeants du football français ont signé sans y regarder de près. Pourtant, la solidité financière de Mediapro était réputée douteuse. Le groupe avait déjà essayé de racheter les droits TV du championnat italien, mais l’opération avait avorté faute de garanties financières suffisantes.

Une chute prévisible

Les problèmes n’ont pas tardé. Dès la première échéance, Mediapro a indiqué ne pas pouvoir payer – et annoncé vouloir renégocier le prix à la baisse. Le groupe justifiait cette volte-face par une conjoncture économique catastrophique, avec la fermeture des bars et la chute des revenus publicitaires. Cependant, la crise sanitaire a surtout révélé les limites du modèle économique des clubs de football. L’inflation délirante autour des droits TV ne pouvait se poursuivre indéfiniment. L’augmentation des droits TV, qui a été permise par l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché (Bein, SFR, RMC sport, Téléfoot, etc.), a eu deux principales conséquences.

D’abord, la division des droits TV entre ces différentes entreprises a démultiplié le prix pour regarder les matchs. Pour s’offrir le « luxe » de regarder les compétitions nationales, européennes et mondiales, il faut désormais payer l’ensemble des abonnements des différents opérateurs privés. Cela revient donc beaucoup plus cher que par le passé.

Ensuite, cette course à l’augmentation des droits TV pousse les instances du football à accélérer la cadence des matchs, pour augmenter les recettes. Il devient difficile de trouver un jour sans match. Ils sont parfois organisés en début d’après-midi, ou tard le soir, pour permettre leur diffusion en direct à travers le monde, et notamment en Chine.

Cependant, le monde du ballon rond est durement rappelé à la réalité. Le porte-monnaie et le temps du public ne sont pas extensibles à volonté. Les difficultés de Mediapro illustrent très bien la lassitude du public – essentiellement composé de travailleurs – vis-à-vis de ces chaînes payantes. Alors que la chaîne devait atteindre les 3 millions d’abonnés pour être rentable, elle en a recueilli moins de 500 000.

Le non-paiement des droits TV aurait de graves conséquences pour tous les clubs professionnels. Ces derniers avaient anticipé l’augmentation des recettes et dépensé sans compter de l’argent qu’ils ne possédaient pas. Résultat : certains clubs risquent la faillite et des plans sociaux menacent les salariés travaillant dans ce secteur.

Le 22 décembre, la Ligue de Football Professionnel (LFP) a trouvé un accord avec Mediapro : la LFP récupère les droits TV en échange d’un remboursement de 100 millions d’euros. Mais l’affaire n’est pas terminée : seul Canal+ aurait fait une offre, de l’ordre de 500 à 600 millions d’euros, soit beaucoup moins que la somme espérée par la LFP pour boucler le milliard de son budget. A l’heure où nous écrivons ces lignes, rien n’est signé, le groupe de Bolloré attendant que l’Etat le soutienne financièrement.

L’Etat aide les plus riches aux dépens du sport amateur

Macron a annoncé deux mesures pour venir en aide au sport professionnel. La première consiste en exonérations de charges sociales, la deuxième compense les pertes de billetterie causées par le second confinement. Ainsi, 225 millions d’euros d’argent public vont tout droit dans les caisses des grands clubs. A cela s’ajoutent plusieurs prêts d’Etat s’élevant à des centaines de millions d’euros, et qui ne sont pas certains d’être remboursés.

En revanche, le gouvernement n’est pas aussi arrangeant avec le sport amateur, dont les associations jouent un rôle de premier plan en matière de santé publique. Ces quatre dernières décennies, les enfants ont perdu 25 % de leur capacité cardio-vasculaire. 73 % des Français ont une mauvaise posture causée par un surpoids ou de trop longues heures de travail.

Il est nécessaire de délivrer le sport des logiques et des pressions de la course au profit, avec tous les vices que cela engendre. Il faut investir massivement dans les services publics pour construire des infrastructures utiles à la pratique sportive et aux loisirs du plus grand nombre. Pour développer la pratique physique des plus jeunes, il est indispensable de soutenir les clubs amateurs, les associations et le sport en milieu scolaire. En bref, il faut mettre la pratique sportive au service de la grande majorité de la population.

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