Le soutien de Jean-Luc Mélenchon à l’intervention en Libye est largement critiqué, non seulement par de très nombreux militants du PCF, mais également au sein du Parti de Gauche. Mercredi, sur son blog, Mélenchon a tenté une nouvelle fois de défendre sa position. Il écrit : « Ce qui est en cause c’est mon attachement à l’ONU. Celle-ci est décrite par divers bulletins […] comme une officine vouée aux impérialismes dominants. Je n’en crois pas un mot pour ma part. » La Riposte fait partie de ces « bulletins » qui affirment que l’ONU est effectivement une « officine vouée aux impérialismes dominants ». Il suffit de rappeler le rôle joué par l’ONU dans la première guerre du Golfe, la guerre en Serbie, la guerre en Afghanistan – ou encore dans l’embargo meurtrier de l’Irak, douze années durant. L’ONU sert de couverture légale aux menées impérialistes. Telle est sa principale fonction et sa raison d’être. Et oui, elle est dominée en premier lieu par les Etats-Unis, puis par d’autres puissances impérialistes, dont la France.

Mélenchon « n’en croit pas un mot ». Il voit dans l’ONU et dans « l’ordre international » qui la sous-tend un « renversement total de logique où les droits universels de l’homme sont supérieurs dans la hiérarchie des normes aux intérêts particuliers des Etats. » Ce « renversement total » des relations internationales daterait, selon lui, de la fin de la deuxième guerre mondiale. Avant cela, les Etats étaient engagés dans un « rapport de force permanent. Et par conséquent, ce sont les puissances militaires et économiques du moment qui [dictaient] leur vision du monde. »

C’est bien ainsi que l’ONU se présente : comme une instance veillant au respect des « droits universels de l’homme ». C’était aussi la mission officielle de la Société des Nations (SDN), créée au lendemain de la première guerre mondiale. Mélenchon ne l’évoque pas. Il est vrai que la SDN a lamentablement sombré dans le carnage impérialiste de la seconde guerre mondiale, qui avait assez peu de rapports avec la défense des « droits de l’homme ». Toujours est-il que la façon dont l’ONU se présente, sa « charte » et toutes les bonnes intentions qu’elle affiche ne pèsent pas plus lourd, dans « l’ordre international », que le papier sur lequel elles sont écrites. Ce que Mélenchon se refuse à voir, c’est le caractère monstrueusement hypocrite des beaux « principes » de l’ONU, dont la fonction fondamentale est de couvrir et justifier les guerres et interventions impérialistes.

Au lieu de déchirer ce voile d’hypocrisie et d’exposer les véritables objectifs des grandes puissances en Libye, Mélenchon – comme bien d’autres, à gauche – renforce les illusions dans l’ONU. Il affirme qu’il faut« s’appuyer » sur l’ONU pour « stigmatiser le refus de certains pays d’appliquer [ses] dispositions ». Mais en réalité, ce sont les impérialistes, à travers l’ONU, qui s’appuient sur Mélenchon (et tant d’autres) pour justifier la guerre en Libye. Le dirigeant du Parti de Gauche aurait souhaité qu’on « s’abstienne de [le] repeindre en agent de l’impérialisme américain ». Nul doute que Mélenchon n’est pas un salarié de la CIA ou d’une autre officine de ce type. Mais sa position revient toute de même, de facto, à soutenir les actions des impérialistes américains – et des impérialistes français, britanniques, etc.

Mélenchon évoque les résolutions de l’Assemblée Générale de l’ONU qui demandent (très poliment) l’arrêt de la colonisation israélienne en Palestine, la levée de l’embargo sur Cuba, des mesures pour protéger les enfants des pays sous-développés – et ainsi de suite. Ces résolutions, cependant, ne sont jamais suivies d’aucun acte. Pourquoi ? Parce qu’elles contredisent les intérêts fondamentaux des grandes puissances impérialistes. Elles sont de la poudre aux yeux, ni plus ni moins. Les gouvernements réactionnaires qui les votent les oublient aussitôt. Ne demeure que le règne du« rapport de force permanent » dont Mélenchon parle au passé, alors qu’il est toujours d’actualité. Le mouvement ouvrier n’a pas besoin de ces « résolutions » hypocrites pour lutter contre l’impérialisme israélien ou le blocus de Cuba. Il ne doit compter que sur ses propres forces et ses propres organisations. Il faut expliquer aux travailleurs le véritable rôle de l’ONU, son caractère de classe. Lénine décrivait la Société des Nations comme la « cuisine des bandits impérialistes ». L’ONU n’est rien d’autre.

Avant de voter pour la résolution du Parlement européen favorable à une intervention en Libye, Mélenchon affirme avoir consulté les trois autres députés européens du Front de Gauche : Jacky Hénin, Patrick le Hyaric et Marie-Christine Vergiat. « Puis je me suis rapproché de la direction du PCF en la personne de Pierre Laurent et de Gauche Unitaire en appelant Christian Piquet », ajoute-t-il. Tous lui auraient fait part de leur accord, sur ce vote. Nous ne voyons pas de raison d’en douter. Malheureusement, cela confirme la confusion qui règne, au sommet du parti, sur la question de la guerre en Libye. Dans l’Humanité et l’Humanité Dimanche, des positions contradictoires sont publiées par différents dirigeants du parti. Par exemple, Patrick Le Hyaric a défendu une position semblable à celle de Mélenchon. A l’inverse, Jacques Fath, responsable du parti aux relations internationales, s’est exprimé contre la position de Mélenchon, contre la résolution de l’ONU et contre l’intervention. Pour notre part, nous sommes persuadés que la grande majorité des militants communistes sont hostiles à cette guerre impérialiste. Il faut que la direction nationale du parti se prononce formellement contre, en exposant l’hypocrisie des impérialistes et leurs véritables objectifs. Cette question doit être mise à l’ordre du jour Conseil National des 8 et 9 avril prochain – et tranchée par un vote.

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